Avec Couleurs d’enfants, l’inclusion commence dès la petite enfance

Par la Maison de l’innovation sociale , le 24 février 2021

Sensibilisé aux problèmes d’exclusion sociale qui persistent dans la société, l’organisme Couleurs d’enfants, lauréat de la cohorte d’automne 2020 de l’Incubateur civique, accompagne le personnel des services de garde et des écoles à promouvoir l’intégration de la diversité ethnique et physique dans les activités éducatives.

La naissance d’une innovation sociale

« Tu viens d’où ? » En tant qu’éducatrice à la petite enfance, Jolette Côté a souvent éveillé la curiosité des enfants: « Lorsque j’étais entourée des tout-petits, il ne se passait pas une seule journée sans qu’on ne me questionne sur ma couleur de peau et sur mes origines. Étant tout à fait à l’aise d’en parler, j’expliquais aux enfants toute la beauté de la diversité humaine et j’observais avec enthousiasme leur entrain à en découvrir davantage. »

Encouragée par l’ouverture d’esprit des enfants, mais aussi de leurs parents et de la direction du centre de la petite enfance (CPE), Jolette commence à développer des techniques d’apprentissage originales et adaptées à leurs besoins puis à organiser des événements interculturels. La création de ces outils l’amène rapidement à se poser des questions, beaucoup de questions :

« En faisons-nous assez dans l’intégration de la diversité ? Pourquoi n’y a-t-il pas plus de diversité dans la programmation des activités culturelles des CPE au Québec, et finalement, pourquoi, alors que nous organisons des activités pour les petits chaque semaine, ne pensons-nous pas spontanément à intégrer une activité autour de la diversité culturelle ? Pourquoi n’en sommes-nous pas là ? »

Jolette

S’ensuivent de longues recherches de renseignements sur l’exclusion, puis sur le contenu des programmes d’éducation à l’enfance offerts au Québec. Jolette découvre qu’aujourd’hui, sur les vingt-quatre établissements collégiaux de la province offrant des cours en technique d’éducation à l’enfance, seuls deux d’entre eux intègrent un module en intervention interculturelle, non obligatoire de surcroit. Poursuivant dans cette direction, Jolette suit ensuite des cours à l’université en sociologie :

« Je réalise alors que le sujet est très large et qu’il est primordial de sensibiliser la population au racisme systémique afin de débloquer les préjugés. J’ai approfondi mes connaissances avec un cours qui m’a particulièrement interpellée en psychologie de l’immigration, et qui adressait la portée et l’impact réel du racisme sur le développement de l’enfant : alors qu’ils grandissent en observant leur entourage, qu’ils construisent leur identité et leur estime de soi au contact des autres, chaque acte de racisme va avoir une incidence sur la trajectoire de leur développement et donc sur l’affirmation de leur personnalité. Les impacts sur leur cheminement scolaire, personnel et professionnel se mesureront toute leur vie. De multiples enjeux futurs peuvent être évités en luttant contre le racisme dès la petite enfance. En réalisant cela, j’étais alors déterminée à me consacrer à ce sujet et à développer Couleurs d’enfants en ce sens pour permettre aux enfants de grandir dans une société beaucoup plus inclusive. »

Jolette

Faire évoluer son projet au sein de l’Incubateur civique

Le projet commence à prendre forme en 2019 et s’accélère au printemps 2020 alors que les manifestations du mouvement Black Lives Matter s’intensifient aux États-Unis : « C’est un gros élément déclencheur qui a confirmé la pertinence du projet et a ravivé ma motivation à proposer une solution le plus rapidement possible. »

Pour déployer la mission du projet, Jolette, bientôt rejointe par une équipe de quatre personnes dont Audrey Lessard, crée un programme de formation sur le racisme et le développement de l’enfant avec l’objectif d’agir efficacement et durablement contre le racisme dans un contexte de petite enfance.

Alors que les supports de communication se mettent en place pour présenter la formation, Jolette identifie un blocage :

« Je me demandais comment communiquer autour d’un projet qui aborde le racisme. Comment amener la problématique au public cible et susciter son adhésion ? Une amie nous a mises sur la voie de l’appel à projets de l’Incubateur civique et c’était exactement le programme qu’il nous fallait : un coup de pouce pour préciser notre projet alors que nous étions justement en prédémarrage ! »

Jolette

Parmi les différents ateliers du parcours de l’Incubateur civique, celui qui a eu une influence majeure sur le développement de Couleurs d’enfants est la recherche-terrain. Jolette et Audrey interrogent alors les éducateurs et les éducatrices ainsi que les parents sur leur perception du racisme.

« C’est un mot qu’on avait placé au cœur de notre communication jusqu’à présent, pensant qu’il était de plus en plus facile d’en parler. Et bien cela a révélé un angle mort. En effet, les réponses ont mis en évidence que notre public cible ne se sentait pas concerné par le racisme et que le fait d’aborder le sujet le mettait sur la défensive, sentant soudain un regard accusateur. Grâce à l’accompagnement de l’Incubateur civique, nous avons alors déconstruit notre argumentaire pour rebâtir notre contenu sur des bases plus solides. Nous avons affiné les réflexions autour de l’impact ciblé et, notamment, les freins à l’adoption de la solution proposée en adoptant une approche non confrontationnelle plutôt qu’activiste. Cela passe par exemple par l’utilisation de termes tels que “formation en intervention interculturelle”, “intégration de la diversité” ou encore “grandir dans une société inclusive”.  »

Audrey et Jolette

« L’atelier sur les biais nous a également poussées loin dans nos réflexions lorsqu’il a fallu poser un œil critique sur le projet et identifier ses effets négatifs. Et pour cause, nous défendons la diversité ethnique, mais qu’en est-il des enfants avec des besoins particuliers par exemple ? Nous voulons bien sûr proposer une solution inclusive et non pas créer une division. Mettre le doigt sur cette contradiction m’a causé quelques nuits blanches ! » sourit Jolette qui poursuit : « Finalement, nous avons repensé le projet autour de la diversité au sens large, pour y inclure tous les enfants. Ça ressemble à ça de suivre le parcours de l’Incubateur civique. Les intervenants nous challengent tout le temps. Ce n’est pas vraiment reposant, mais c’est efficace ! À chaque étape, je me transforme en tant que porteuse de projet, j’apprends à me connaître et à aller vers les gens, je découvre les différentes facettes de la solution que je vais devoir créer. C’est un extraordinaire parcours qui nous fait faire des pas de géants à la vitesse grand V. »

Source de l’article original: https://www.mis.quebec/actualites/couleurs-enfants-inclusion-petite-enfance/

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