Harmoniser l’identité québécoise et haïtienne.

Selon une étude scientifique menée par l’ACFAS, lors du 81e Congrès [ ayant pour thèmes : enfants, adolescent-es, violence et société], plus de la moitié des écoliers âgés entre 10 et 12 ans, dans 42 écoles de la Capital, disent avoir subit du mépris, des préjugés raciaux voir du racisme.(lire l’article)

Dans ce témoignage, nous sommes parties à la rencontre d’Alain, un québécois de naissance d’origine haïtienne qui nous livre l’importance d’adopter une pédagogie inclusive dès l’enfance, pour améliorer le vivre ensemble, le respect de la différence ethnoculturelle et de l’environnement familial.

Témoignage de Alain


Crédit photo: Alain

Bonjour Alain

Bonjour

Tout d’abord, qui est Alain? Parle moi de toi.

Et bien, je suis un homme de 37 ans  qui vit à Brossard. Je travaille comme spécialiste dans le domaine de l’informatique et j’aime les sports, en particulier le basketball. Pour m’entraîner, c’est un peu plus difficile à cause de la Covid, mais j’aime aussi regarder la télé et voir des films. Je suis un gars ben smat et ben cool. C’est moi ça.

Es tu né au Québec?

Oui. À Montréal, dans le secteur Rosemont. Je suis un gars du 514 . J’ai vécu là jusqu’à l’âge de 2 ans et ensuite à Saint-Hubert sur la rive sud. Rive-Sud power. Disons que Montréal, c’est le fun, mais y habiter avec tous les cônes, à gauche et à droite, et pas de parking (rire)….J’aime bien la rive sud.

Est-ce que tes parents sont nés ici?

Non. Ils sont nés en Haïti et sont venus au Québec, peut-être deux ans avant ma naissance. Avant leur arrivée, il y avait déjà de la famille, du côté ma mère, qui était installée à Montréal.

Connais-tu les raisons qui ont poussé tes parents à immigrer au Québec?

Je ne pourrais pas te dire c’était quoi la raison. Peut-être pour avoir un meilleur style de vie. Probablement qu’ils ont été encouragés à le faire par un membre de la famille qui leur a dit :   « C’est magnifique, venez vous installer ici.» Ça se fait parfois de bouche à oreille. Certains sont allés aux Etats-Unis. En fait, après le premier, d’autres ont suivi parce que c’est un bel endroit pour vivre.

Parle nous de ton enfance. Comment l’as-tu vécu au Québec?

Quand j’étais jeune, il n’y avait pas Internet, alors je faisais du sport, tous les sports qu’on voulait que je fasse. Je jouais au hockey, au volleyball et au badminton. Let’s go! J’allais jouer dehors été comme hiver. L’été, j’étais tannant et c’était un peu normal. Je m’entendais bien avec tout le monde. Au primaire, au secondaire et au CÉGEP, on savait qu’avec moi, on allait avoir du fun. On riait chaque fois qu’on se parlait, même si c’était juste deux ou trois fois.

Étais-tu entouré de personnes qui partageaient les mêmes origines ethniques que toi?

Au primaire, on peut dire que j’ai grandi dans une école de blancs. En 6ième année, on était peut-être cinq (5) noirs dans l’école. À part ma famille, qui est d’origine haïtienne, mes amis étaient tous blancs. Il y avait quelques noirs, bien sûr, mais la plupart étaient blancs. Au secondaire, comme j’ai fréquenté une école multiculturelle, c’était l’inverse. Il y avait moins de blancs et beaucoup d’élèves d’autres milieux culturels.

Est-ce que ton école secondaire était situé à Montréal ?

Non. Elle se trouvait sur la rive sud de Montréal. Je ne sais pas si tu connais l’école secondaire Mont Seigneur-A.-M.-Parent. Eh bien!  J’ai fréquenté une école semblable, mais à caractère  multiculturel. C’était la première fois que je voyais autant d’élèves d’origine arabe, haïtienne ou autre. Ce n’était pas un choc culturel, mais c’était différent. C’est au secondaire que j’ai connu la plupart des amis que j’ai actuellement. Je n’ai pas choisi de fréquenter davantage les Québécois, les Haïtiens ou les représentants d’autres cultures. Ça s’est adonné comme ça. Pour moi, dans la vie, dès que je suis heureux, ça me va. En plus, ça m’a permis d’en apprendre davantage sur les autres cultures. Si j’avais la chance de revivre mon secondaire, je la saisirais tout de suite (rire).

Parle-moi de ta connaissance du créole. Te débrouilles-tu bien dans cette langue?

Pour ma part, je ne vais pas parler le créole, mais je le comprends, puisque mes parents le parlent  99% du temps. Ils m’ont toujours encouragé à réussir à l’école. Il fallait donc que j’apprenne le  français et l’anglais. De plus, mon cercle d’amis est composé en majorité de Québécois  »de souche” et d’autres origines qui parlent plutôt le français que le créole. En outre, je n’ai  fréquenté que des institutions de langue française.  Donc, si tu voulais faire l’entrevue seulement en créole, ce serait difficile. Je pourrais te comprendre, à cause de mes parents, mais je te répondrais en français. Encore là, il ne faut pas généraliser. Il s’agit uniquement de mon vécu. L’apprentissage des langues, que ce soit le créole, le français ou toute autre langue, varie en fonction de l’individu, de son entourage et de son éducation.

As-tu fréquenté des services de garde éducatifs lorsque tu étais petit?

J’ai très peu de souvenirs de cette période, mais je me rappelle qu’à la garderie, j’avais commencé à parler anglais, car c’était plutôt anglophone, et une des éducatrices avait des traits indiens ou asiatiques. Je me souviens qu’elle habitait à côté de chez nous. Selon moi, c’était un milieu très multiculturel.

Revenons à ton expérience de l’école primaire. Aurais-tu voulu qu’on parle davantage de la diversité à ton école? Avec le recul, crois-tu qu’on aurait dû en parler et t’es-tu senti seul?

Me sentir seul? Non. À l’école, j’étais ami (friendly) avec tout le monde. J’étais athlétique et toujours présent pour les autres. Il n’y avait pas de problème.

Pour le racisme, il y en avait. C’est bizarre maintenant que je pense à ça, on me criait des noms parce que j’étais né noir et on me courait après parce que j’étais fâché. Toutefois, lorsqu’on entrait en classe, tout allait bien. C’était calme (chill). Les amis que j’ai aujourd’hui ne sont pas les mêmes que ceux que j’avais au primaire. Certains jours, j’entendais de petites remarques liées au fait que j’étais noir.  Je me fâchais puis je leur courais après. Je n’allais pas les frapper mais ça se voyait sur mon visage que j’étais frustré. Toutefois, après 15 ou 30 minutes, on allait  jouer au hockey ensemble puis c’était oublié. À chaque fois que je pense à ça maintenant, en tant qu’adulte, je me dis que c’est une question d’éducation.

Est-ce qu’on parlait de racisme que tu vivais durant les cours à ce moment-là?

Non. Je me débrouillais tout seul. D’un côté, ce n’est pas la faute du système d’éducation. On ignorait alors ce qu’était le racisme et l’importance de son impact sur l’enfant. Aujourd’hui, en tant qu’adulte, si on me disait les mêmes insultes au travail, ça ne passerait pas.

Heureusement, de nos jours, on parle du racisme à l’école et dans les médias sociaux. Et ça permet à des milliers d’enfants d’en discuter, au primaire et au secondaire, et de sensibiliser les intervenants à cette problématique dans les écoles et dans la société. C’est récent, mais c’est nécessaire pour aider les jeunes et pour faire avancer la cause de l’inclusion et du vivre ensemble (voir la programmation pour les jeunes de l’organisme Ensemble pour la diversité pour les écoles primaires, secondaires et Cégep à travers le Canada).

 Enfin, après ce beau témoignage, parle-nous maintenant de ton identité ou de la fameuse question: tu viens d’où?

L’identité, c’est personnel et c’est propre à chacun. Pour ma part, est-ce que les étiquettes ont un impact sur moi? Non. Si on me demande: “En somme, Alain, tu viens d’où?” Eh bien, je répondrai que je suis né au Québec et que je suis donc Québécois. Si on m’interroge ensuite sur mes origines en raison de la couleur de ma peau, je dirai que je suis d’origine haïtienne. C’est ce que je répondrais à ceux qui pourraient m’accuser d’être un faux Haïtien. Je n’ai pas honte de parler de mes origines, ni de dire que je suis Québécois. En même temps, je sais que l’identité est un concept complexe qui varie en fonction de l’endroit et de l’environnement dans lequel on grandit. Peut-être que si j’avais grandi à Montréal-Nord ou dans un secteur ou il y a une plus forte concentration de la communauté haïtienne, je m’identifierais davantage à la culture haïtienne.

Merci Alain.

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lire le témoignage de Norma


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